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VOYAGE DANS LES ESPACES. CHAPITRE PREMIER.
LE quinze du mois.... dernier, je fus attaqué d'une si violente apoplexie que je restai près de vingt-quatre heures sans connaissance. Qu'on demande à quelqu'un qui se soit trouvé dans un pareil état, ce que faisait pour lors son âme, il répondra qu'elle était dans les espaces. C'est-là précisément que fut la mienne.
Voici qui est intéressant, dira d'abord tout Physicien, un voyage dans ce Pays-là est l'unique moyen de décider la question du vide et du plein, mais je le préviens; il sera trompé dans son attente; je ne puis lui donner là-dessus le moindre éclaircissement, il ne me vint pas seulement l'idée d'en prendre; il n'y aurai...
Je fus tout réjoüi à cette vue: l'aventure s'est dénouée bien heureusement, me dis-je à moi-même, je vais voir bonne compagnie. J'entrai hardiment et personne ne m'arrêta; je traversai plusieurs grandes cours et j'arrivai enfin à un vestibule immense.
CHAPITRE SECOND Le Vestibule.
IL était plein d'un nombre prodigieux de laquais. Dès qu'ils me virent paraître, ils se levèrent promptement et mirent leur chapeau bas. Ah! me dis-je, il y a de l'ordre dans ce monde, et ils ne sont pas si souples chez les Seigneurs de l'autre. A qui êtes-vous, demandai-je d'un ton assuré à un de ceux qui se trouva le...
Chacun pèse ici ce qu'il vaut, pas davantage: la brigue et la faveur ne sauraient mettre un grain de plus dans une balance qui est tenue par la Justice la plus sévère. Tout cela est conforme à la croyance commune et n'a rien de nouveau pour vous, mais ceci le sera. Ceux dont les ouvrages doivent passer à l'immortalité,...
Cet appartement est bien vaste, lui dis-je, et ce que vous craignez ne me parait guère vraisemblable, n'allez donc pas vous faire un supplice d'une chose qui n'arrivera jamais; au contraire, ajoûtai-je, pour calmer le chagrin qui éclatait dans toute sa personne, les nouveaux venus vous amuseront par les nouvelles dont ...
Ah! reprit-il amèrement, comment me persuaderiez-vous une chose dont l'expérience me montre tous les jours le contraire. Il faut que la demangaison d'écrire soit devenue épydémique: les Auteurs ne viennent plus un à un et de temps en temps, comme autrefois, ils descendent en troupe, et s'ils étaient amusants, les verri...
Examinez-en la troupe languissante et soporifique: je les fixai en effet et ils me parurent si prodigieusement ennuyés, que malgré la curiosité que tout cela excitait en moi, je ne pus m'empêcher de bailler par sympathie.
Après quelques efforts réïtérés que je fis, pour me défendre du sommeil contagieux qui allait s'ensuivre; je repris la conversation ainsi: expliquez-moi, je vous en prie, si vous servez en commun les mêmes Maître, et dans ce cas, pourquoi cette différence de livrées? Le Palais est commun, il y a des appartements commun...
Dans cet instant on ouvrit une porte des appartements intérieurs, et l'on donna une commission à mon homme qui me quitta.
L'air humble et bas que je remarquai à tous ces Auteurs laquais, me donna l'effronterie de les fixer en face et de les considérer en détail; il n'était pas naturel que je me sentisse là plus de respect pour leurs personnes, que je n'en avais pour leurs ouvrages, la première découverte que je fis, fut qu'ils étaient tou...
Puisque vos tragédies ne vous ont pas rendu maître ici, vous devez, lui dis-je, être vraisemblablement à M. Racine. Vous ne vous trompez pas, me dit-il: je vous vois ici bien des camarades, et s'il faut en juger par le nombre des tragédies nouvelles, votre maître va devenir un des plus grands Seigneurs des Enfers. N'y ...
Les Auteurs, me répondit il, portent leur destination en entrant ici. La force et le sublime, font principalement le caractère de Corneille; ceux qui portent sa livrée, sont ceux qui ayant voulu l'imiter, s'y sont pris comme la grenouille auprès du bœuf. En voilà la bande boursouflée. Je me tournai du côté où il me les...
Qui sont, Monsieur, ces pauvres gens si décharnés? Ce sont, me dit-il, des Auteurs dont les ouvrages sont aussi secs et aussi maigres qu'eux. Et ceux-ci au contraire qui sont si bien nourris et si prodigieusement grands et gros? Ce sont des in-folio, chargés de beaucoup de matière et de peu d'esprit. Un Régiment de sol...
Vous me trouverez bien interrogatif, continuai-je; mais de grâce expliquez-moi, si vous mangez, avec quoi on vous nourrit et qui fournit à cetté dépense? A ces mots il prit un air austère, et je vis dans ses yeux un feu qu'il n'a sûrement que dans ses ouvrages. Si nous avons jamais fait quelque chose de bon, dit-il, il...
Exhortez, Monsieur, les Auteurs vivants, de notre part, à la souffrir avec patience; représentez-leur fortement qu'il vaut bien mieux pour eux qu'ils l'endurent là-haut pendant leur vie, sans écrire, que de venir l'endurer ici à jamais, pour avoir écrit.
Tout ce que je voyais et ce que je venais d'apprendre, m'inspirait une telle horreur et un tel ennui, que je commençais de partager les tourments de ces misérables. Ne pourrais-je point, lui dis-je, entrer dans les appartements: vous êtes bien le maître, me dit il, et il m'en ouvrit tout de suite la porte.
CHAPITRE III. L'Anti-Chambre.
QUe je me sentis soulagé! les jours en étaient bien différents. Je crus sortir de prison, en sortant de cet ennuyeux et ennuyé Vestibule. Mais sur tout quel contraste dans les physionomies de ceux que j'y trouvai! les autres plates, grossières et manquées, inspiraient le dégoût et le mépris; celles-ci, gracieuses, douc...
Comment vos Maîtres, répondis-je tout ému, est-ce que vous êtes faits pour servir quelqu'un? Et nos grands Auteurs François seraient-ils ici subalternes et au service de ceux de quelque autre nation? Non, Monsieur, me répliqua M. de la Motte: car il était étiqueté comme on l'était au Vestibule, et je le connus là, si j...
Pendant qu'il me parlait ainsi, je parcourais avec des yeux avides toute sa personne, et rien ne m'y paraissait bien naturel. Ses gestes étaient affectés et sa parure comparable à celle d'une jeune coquette, l'art y éclatait partout et sans ménagement: Ah! me dis-je tout bas, serait-ce la punition de celui qu'il a mis ...
Chapelle et la Fare, fort négligés, mais fort gracieux, étaient nonchalemment assis sur un sofa, etc....
Pendant que mes yeux faisaient cette échappée, j'avais cessé de faire attention à ce que me disait M. de la Motte et il s'était arrêté: je revins à lui. Ah!
Monsieur, lui dis-je tout confus, ce que je vois est si nouveau pour moi, que ma distraction est bien pardonnable. Veuillez, je vous en conjure, reprendre le fil de votre discours. Il continua ainsi de la façon du monde la plus polie.
Par ce que vous avez vu au Vestibule, vous pouvez juger de ce qui se passe ici, la différence n'est que du plus au moins. Nos aliments sont les mêmes, mais nous faisons, ajouta-t-il d'un ton ironique, un peu meilleure chère et changeons un peu plus souvent de mets. L'ennui nous gagne quelquefois à la vérité, mais bient...
Je le remerciai, le mieux qu'il me fut possible, de ce qu'il venait de m'apprendre. Mettez le comble à vos bontés, lui dis-je, permettez-moi de parcourir vos appartements? les compliments sont abolis ici, sans doute; laissez-moi donc sans façon faire cette visite tout seul, je n'en verrai que mieux, parce que je ne ser...
Je profitai sur le champ de la permission qu'il me donnait, et j'employai une heure ou deux à visiter fort en détail plusieurs enfilades de chambres. Ce que j'en dirai, c'est qu'elles présentaient un coup-d'œil agréable, mais que d'ailleurs elles étaient toutes dissemblables, l'une avait trop de jour, et l'autre était ...
Je sortis cependant assez amusé de ce que je venais de voir. M. de la Motte vint au-devant de moi: je le priai de vouloir bien m'introduire auprès de quelqu'un des Maîtres. M. Despréaux, me dit-il, est tout seul dans le Salon commun, donnez-vous la peine d'entrer.
CHAPITRE IV. Le Salon.
J'Entrai en effet dans un Salon, le plus beau qu'on puisse imaginer. Mes yeux enchantés de la magnificence et de la richesse qui y régnaient, se laissaient entraîner à tous moments, au plaisir de les parcourir, et de l'admirer; et tout de suite ils étaient rappelés, par celui bien plus doux, de contempler le grand homm...
Mais quoi, dit-il, les belles-lettres sont-elles dans une anarchie si générale, que personne n'y donne le ton? N'y a-t-il point d'Ecrivain habile et zélé qui veuille se charger d'éclairer le public, et de le diriger vers le bon et le beau? Ah! lui répondis-je vivement, c'est l'espèce la plus commune, et quiconque voudr...
Ce que vous me racontez-là, me dit il, est étonnant, car s'il paraît tant d'ouvrages périodiques; à quelle prodigieuse quantité ne doit pas monter ceux qui en fournissent la matière? Il n'est pas possible, lui dis-je, que vous puissiez imaginer les excès où l'on en est venu Les feuilles à la fin d'Octobre ne tombent pa...
Il faut donc, reprit-il, ou que la France, soit toute peuplée d'Auteurs, ou qu'ils soient aussi fertiles que des Scuderis.
Nous avons, lui répondis-je, l'un et l'autre avantage.
On publie chaque année l'inventaire de nos richesses littéraires, ** il ne serait pourtant pas facile de les calculer; car quoiqu'il ne contienne que les noms des écrivains vivants, et les titres de leurs ouvrages, il forme déjà un volume fort épais, que nous avons la gloire de voir grossir tous les ans et qui parviend...
Vous me jetez à présent, me dit-il, dans un autre embarras; comment, excepté pour habiller le sucre et la cannelle, peut-on trouver à vendre tant de mauvais écrits? On n'est pas du bel air, lui répondis-je, si on n'a lu la nouveauté du jour, le bel esprit est à la mode, et vous connaissez l'empire de la mode sur nous; ...
Sçavez-vous, continuai-je, qu'on a trouvé le moyen de rendre les Contes de la Fontaine chastes? Ah! qu'elle est la main habile, dit-il, qui a pu jeter un voile sur ces nudités? La chose vous paraîtra d'autant plus surprenante, que plusieurs y ont travaillé; mais, luidis-je, nous l'entendons dans deux sens bien différen...
Ce récit l'avait aigri, je m'en aperçus et je m'arrêtai. Quand il vit que je gardais le silence, il m'interrogea ainsi: la scène française est elle toujours en proie aux Pradons? Nous devons cette gloire à nos Auteurs vivants, lui dis je, que le théâtre a fait sous eux des progrès considérables. On ne travaille plus à ...
La tragédie nouvelle brille en pompeuses déclamations et en fréquentes sentences; on n'y voit point, comme dans l'ancienne, les héros pleins de feu, et de la passion qui les agite, en poursuivre l'objet avec force et sans relâche jusqu'à la fin, ils sont au contraire d'un froid et d'une tranquillité admirable. Au lieu ...
C'est-là une très-grande découverte qu'on a faite, au moyen de laquelle on délivre les spectateurs de cette agitation et de cette inquiétude qui les tenait dans les alarmes et la peine jusqu'à la fin. On leur a sauvé aussi cette émotion tendre ou terrible que font éprouver les pièces de Racine et de Corneille. On est d...
Le service que ces Auteurs rendent à la nation est essentiel. Ils ont craint que si on continuait à faire des pièces qui excitassent des sentiments aussi tristes que la terreur et la pitié; nous ne devinsions aussi sombres et aussi mélancoliques que des Anglois, vu le goût décidé que l'on a pour le théâtre, et que la g...
C'est ainsi que dans le siècle philosophe où nous vivons, on fait usage de ce grand principe: Que le dramatique doit purger les passions et corriger les mœurs.
On ne saurait nier que nos plaisirs n'aient gagné à cette réforme et qu'ils ne soient devenus plus décents. Etoit-il bienséant en effet, Monsieur, d'aller devant le monde, pleurer à chaudes larmes ou rire à gorge déployée? Cela n'est pardonnable qu'au peuple. On fait tout ce qu'on peut pour corriger les honnêtes gens, ...
Quelle différence, Monsieur, entre cet ancien bas comique de Moliere, et le haut comique d'aujourd'hui? On ne peut assister à l'un sans rire, au point qu'on en a honte soi-même; l'autre au contraire, noble et grave, fait, à la vérité, bailler quelquefois, mais est rempli de moralités et d'instructions. Dans l'un on voi...
J'allais continuer, mais il m'interrompit brusquement: votre récit m'échauffe la bile au point que je n'y puis plus tenir. Suivez moi, me dit-il, allons joindre Corneille, Racine et Moliere, qui se promènent dans les jardins, vous leur ferez tout ce beau détail; au retour vous visiterez nos appartements. Il y en a non ...
Nous marchions à grands pas tandis qu'il me parlait ainsi, et nous traversions les lieux du monde les plus beaux. J'étais enchanté et ravi; je n'en entreprendrai pas la description; ce que Virgile a dit des Elisées, Milton du Jardin d'Eden, pourrait à peine en donner une idée. C'est ici, me dit mon Conducteur, un parc ...
Mais voici devant nous ceux que nous cherchons, ils sont en bonne compagnie, Homere, Sophocle, Euripide, Virgile et Horace sont avec eux. A ces mots le cœur me battit vivement, nous les joignimes dans un instant et je leur fis la révérence la plus respectueuse: j'étais tout stupéfait du plaisir de les voir, et tandis q...
AVIS DES ÉDITEURS.
De tous les Français, qui, dans le commencement des mouvements révolutionnaires, ont quitté leur pays, il n'en est point dont l'histoire privée soit plus intéressante que celle du jeune Comte d'A****; né avec une imagination bouillante, et par conséquent inégale, il a parcouru différentes contrées du Nord et du Levant,...
Ses Aventures ont un fond de variété si piquant, si extraordinaire, qu'on les prendrait pour des fables, si nous n'avions point sous les yeux les matériaux en original, écrits de la propre main de l'Auteur, et si l'Auteur, lui-même, n'en garantissait point l'authenticité.
Sans doute des hommes attachés à la Cour de Louis XVI, auront bientôt deviné le nom de ce jeune et grand personnage, qui court ainsi le monde, comme il courait les boudoirs de Verailles; mais nous leur aurons bon gré s'ils veulent bien garder le secret, jusqu'à ce qu'il plaise à l'Auteur de se nommer.
Quant à la manière dont l'Ouvrage est écrit, nous avons cru devoir la conserver presque entièrement vierge, et comme sortant des mains du Voyageur. Le style est la physionomie du cœur: l'Historien, quelqu'il soit, doit la respecter, et la retracer avec fidélité; l'art du Peintre est de rendre sur la toile tous les trai...
AVENTURES D'UN JEUNE VOYAGEUR.
CHAPITRE PREMIER.
Ma sortie de France; mon arrivée à Genève; état de cette Ville; accueil que me fait un vieux Savoisien.
Je partis de Paris, le 28 Juin 1789, à l'époque mémorable où l'Assemblée nationale de France venait de porter au pouvoir monarchique le coup le plus terrible. Le serment du Jeu de Paume, cet acte de souveraineté, dont les suites ont été si funestes au trône, au milieu des grandes espérances, avait fait naître dans pres...
La ville était divisée en deux partis, le constitutionnel et le révolutionnaire. A la tête de ce dernier était un homme qui, depuis s'est rendu célèbre en France par les fonctions ministérielles qu'il a deux fois exercées, et par sa mort tragique, Etienne Cluviere; c'était un homme remuant, qui joignait à quelques lumi...
Mais ce qui rendait cette ville bien plus sombre, c'était l'ouverture d'une Souscription pour un don patriotique à faire à l'Assemblée nationale; on sait qu'elle produisit neuf cent mille francs, et que le prix de ce don fut, de la part du ministère français, une quatrième garantie de la forme du gouvernement genevois....
Ce séjour n'était pas plus agréable pour moi que celui de Paris; aussi le lendemain de mon arrivée fut-il à peine écoulé, que je m'empressai de sortir d'une ville, où j'avais autrefois goûté, pendant six mois, tous les charmes de la société. Dès ce moment, je craignis les villes, et cherchai des déserts, des rochers, d...
Que les habitants des hameaux sont heureux! Tandis que Genève était dans une agitation effroyable, un calme profond régnait au sommet d'une montagne, d'où l'on apercevait encore cette ville. Un Patriarche savoisien me reçut dans sa cabane; à ma physionomie où se peignait la tristesse, il me reconnut pour un français; i...
CHAPITRE II.
Arrivée à la ville d'Annecy; description de ses Monumens et de son Lac; entretien avec un Centenaire; renseignements donnés par ce Vieitlard, sur la demeure et les liaisons de J.-J. Rousseau.
Je continue ma route au milieu des bosquets, des prairies, par des sentiers étroits et remplis de cailloux; je me trouvai bientôt aux portes d'Annecy; mon premier dessein fut de passer outre, sans m'arrêter, tant le séjour des villes m'était devenu odieux et insupportable!
mais la soif de visiter la maison de madame Varens l'emporta sur toute autre considération; j'aimais Jean-Jacques Rousseau, malgré que la fausse application de la plupart de ses maximes parût devoir diminuer mon engouement pour ce grand homme.
Le Livre de ses Confessions à la main, je cherchai long-temps cette demeure; il ne se trouva qu'un Cordelier qui voulut bien, mais avec humeur, me donner quelques renseignements, dont je fus trèssatisfait; encore fallut-il les lui payer en le suivant au monastère des Filles de la Visitation, dépositaires des corps de F...
Tandis qu'il s'extasioit à commenter ces tableaux, un souvenir amer me rappelait la révolutiont, dont ce pasteur fut la victime. Ce pieux conducteur allait encore m'entraîner à un second couvent de la Visitation, pour me faire voir le lieu, où les fondements de cette Congrégation avaient été jetés; il me menaçait en ou...
Je visitai seul ce faubourg, et ne pus y dècouvrir aucune trace, même de l'emplacement de ce temple antique; il est d'une grande étendue, et contient presque autant d'habitants que la ville, dont il est séparé par une des branches de la rivière qui sort du Lac d'Annecy. Ce Lac a quatre lieues et demie de long, et un pe...
C'était un jour de marché; le soleil venait de paraître, j'étais au pied du château, situé sur une éminence, d'où l'on contemple au loin les environs de laville et ce Lac majestueux. Quel spectacle s'offre tout à coup à mes yeux! c'est un convoi de bateaux qui, sur ce Lac, vont à voile comme sur la mer, chargés de nomb...
Ce tableau flattait ma vue, mais il manquait quelque chose à mon cœur; c'était la découverte de la maison de madame de Varens; je retourne sur les lieux, au risque d'y trouver le même Cordelier; mais quelle fut ma surprise, lorsque plongé dans mes observations, et cherchant de l'œil tout ce qui pouvait satisfaire ma cu...
CHAPITRE III.
Distraction qui faillit me coûter la vie; un mot sur diguebelle; le vieux Militaire.
Rempli des grandes idées que venait de m'inspirer l'entretien du Vieillard, je reprends ma route avec de nouvelles forces; mais avec beaucoup moins de présence d'esprit. Sans cesse je croyais voir ces images tendres et sublimes qu'il m'avait retracées; tout me semblait en ces lieux la demeure de madame de Varens; une d...
Je me replonge dans mes premières idées, et me mets à gravir la montagne; j'avance et tout-à-coup m'arrête; à deux pas de plus, c'en était fait de moi. J'allais rouler et tomber au fond d'un précipice; quelque horreur que m'inspirât ma situation, j'eus le courage de la contempler; je mesure de l'œil l'immensité de l'ab...
Je venais de payer cher ma distraction; ce précipice était pour moi le bout du monde; il fallut revenir sur mes pas; je maudis mon étourderie et mon entêtement à auivre des routes non frayées. Pas une chaumière; pas une âme; heureusement il n'était qu'une heure après-midi; je marchais lentement, regardant au loin de to...
Avant que de sortir de ce bourg, j'eus soin d'écrire ma route, ou plutôt d'en faire le plan, bien résolu de me tenir en garde contre les distractions et les précipices. Après un long trajet, à travers les cailloux et les broussailles, sur une plaine aride, je descends dans une riante et féconde vallée, qui bientôt devi...
Le hasard m'avait conduit dans une auberge, où se trouvait un vieux militaire, qui me raconta fort au long comment, en 17a2, l'Infant Duc de Parme, à la tête des Français et des Espagnols, après une affaire très-vive, força dans ce bourg les troupes du roi de Sardaigne: j'y étais; en voilà la preuve, s'écria-t-il, en d...
CHAPITRE IV.
Tableau du ravage que font les lavanges; Goîtres et sentiment sur leur origine; les Cretins présentés sous des couleurs moins défavorables; culture pratiquée sur les plus hautes montagnes.
L'Arc arrose Aiguebelle; cette petite rivière prend sa source au pied du MontIséran, sur les frontières du Duché d'Aoste et du Piémont, et sépare en deux la Maurienne; elle est d'une rapidité qu'on ne peut comparer qu'à celle des torrents qu'elle reçoit dans son cours; ce n'est point ce fleuve tortueux, qui ne pouvant ...
Au sortir d'Aiguebelle, je me sentis tout-à-coup saisi d'un froid mortel, en jetant un regard sur ces montagnes, d'où quarante ans auparavant s'était précipité ce déluge de torrents qui avait englouti l'église de Randan, et toutes les maisons de cette paroisse infortunée; le clocher au niveau du sol du terrain, des mon...
Quelquefois la montagne ne se contente pas de vomir et de répandre au loin ses terribles dépouilles; minée par les eaux, sa base manque, elle se fend, s'écroule, couvre la vallée, et partout sème la terreur, le ravage et la mort. Ne vit-on pas dans le commencement de ce siècle, dans un jour serein, la partie occidental...
C'est sur-tout dans la Maurienne, où les monts sont plus élevés, et les vallons plus étroits, qu'on est le moins à l'abri de ces formidables lavanges; on y voit à chaque instant ces masses énormes de neige suspendues, comme une mer au-dessus des nues, se détacher précipitamment, entraîner avec fracas des quartiers de r...
On ne peut plus faire un pas sans être frappé de la difformité, qui règne d'ailleurs dans une grande partie de la Savoie; es goitres y sont également énormes et communs; je pense, avec tous les voyageurs naturalistes, qui ont parcouru ces vallons, que cette incommodité provient de la mauvaise qualité des eaux qu'on y b...
D'anciens voyageurs, et ceux qui depuis les ont copiés, ont dit qu'on prétendait qu'il existait dans ces contrées une espèce d'hommes à part, distinguée par une imbécillité plus ou moins grande, en raison du plus ou moins de grosseur de goitres; ils les ont dépouillés de leur nom propre, pour leur donner celui de Créti...
Tranquilles dans leurs foyers rustiques, les solitaires de la Maurienne cultivent les plus hautes montagnes jusqu'à leur cime, y font naître des champs, des prés, de la verdure; tantôt ils y pratiquent des remparts propres à défendre la terre des incursions des eaux, toujours prêtes à l'entraîner dans le vallon; tantôt...
Les montagnes qui dominent leurs habitations, quelque escarpées qu'elles soient, n'ont pu, la plupart, conserver leur virginité; ici, chargées de légumes, de plantes salutaires, de moissons dorées, et même de fleurs, elles s'enorgueillissent de l'emprunt d'une fécondité que la nature leur avait refusée. Là dans un état...
Ces tableaux fatiguent l'œil du voyageur ordinaire, qui dans ces gorges ne voit partout que lavanges, que précipices; ils étaient pour moi la source d'une foule d'observations sublimes et délicieuses; il est un charme secret qu'on éprouve, lorsqu'au milieu des grands tableaux de la Nature, on voyage seul avec son imagi...
Mais déjà le vallon de l'Arc est devenu trop étroit; la montagne de Saint-André présente sa croupe escarpée et tortueuse; il faut la gravir à travers les pierres écailleuses, dont elle est couverte; pendant l'espace de cinq heures, je ne cessai de monter et de descendre, et j'arrivai, sans le désirer, et presque sans m...
CHAPITRE V.
Caravanne d'Emigrés; mon arrivée à Suze et à Turin; tableau de cette Capitale.
Lorsque j'eus regagné mon chemin, un nouveau spectacle, aussi touchant peut-être, frappe mes regards; devant moi défile une caravane de Porteurs, qui chariaient des étrangers, parmi lesquels je reconnus plus d'un grand personnage; c'étaient des Français; ils avaient fui leur pays, à la lueur des flammes qui consumaient...
En contemplant ces restes fugitifs de l'antique noblesse française, sans m'informer des motifs d'une émigration généralement causée par le ressentiment ou la crainte, je ne pus me défendre d'un sentiment de regret et de pitié; je redoublai néanmoins de vitesse, et laissai ces malheureux à la Novalèse, jaloux de n'être ...
Ces espèces d'ombres vivantes et vagabondes remplissent mon âme d'amertume, et leur image me poursuit jusqu'à Suze, où l'un des chef-d'œuvres de l'antiquité cause enfin dans mes idées une diversion déjà bien nécessaire; c'est un arc de triomphe élevé à l'honneur d'Auguste; il est formé de gros blocs de marbre, avec que...
Suze est comptée, dans l'Histoire, parmi les villes les plus antiques et les plus illustres; mais comme la plupart des Cités anciennes, elle a payé cher sa célébrité, et sa belle situation; elle n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut autrefois; elle ne pouvait être la clef du plus beau pays du monde, sans être la por...
Au sortir de Suze, on entre dans un vallon fertile que le Doire arrose; on y voit le même champ produire, par an, deux récoltes, celle du blé ou de différentes graines, et celle de la vigne, dont les ceps sont plantés au pied des ormeaux, et dont les branches s'élèvent et serpentent voluptueusement autour de ces arbres...
A six milles de Turin, s'élève en amphithéâtre le gros village de Rivoli; de tous côtés, il domine sur de vastes campagnes, embellies de collines, chargées de grains et de toutes espèces de fruits. Là commence la riche et immense plaine de Lombardie; à l'extrémité de ce bourg, on remarque le château fameux par l'abdica...
Rien de plus agréable que le chemin de Rivoli à Turin; c'est une large et magnifique avenue plantée de grands ormes, bordée de campagnes riantes, et arrosée par une quantité de canaux tirés de la Doire; un perpétuel ombrage y entretient, même au fort de la chaleur, une fraîcheur opaque et délicieuse. Tout annonce l'ent...
J'avais vu quelques années auparavant cette ville à une époque remarquable par la visite du roi de Naples, et les brillantes fêtes prodiquées à son honneur. Au lieu des illuminations magnifiques, dont l'éclat semblait reproduire des millions de soleils dans Turin, et sur les riants coteaux qui l'avoisinent, je ne trouv...
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Collection de romans français du dix-huitième siècle (1751-1800) / Collection of Eighteenth-Century French Novels (1751-1800)

This collection of Eighteenth-Century French Novels contains 200 digital French texts of novels created or first published between 1751 and 1800. The collection is created in the context of Mining and Modeling Text (2019-2023), a project which is located at the Trier Center for Digital Humanities (TCDH) at Trier University.

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