title stringlengths 1 50 | url stringlengths 53 148 | text stringlengths 189 37.3k |
|---|---|---|
« Un jour je vis… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Un_jour_je_vis,_debout_au_bord_des_flots_mouvants | Un jour je vis, debout au bord des flots mouvants,
Un jour jPasser, gonflant ses voiles,
Un rapide navire enveloppé de vents,
Un jour jDe vagues et d’étoiles ;
Et j’entendis, penché sur l’abîme des cieux,
Un jour jQue l’autre abîme touche,
Me parler à l’oreille une voix dont mes yeux
Un jour jNe voyaient pas la bouche ... |
À ma fille | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%80_ma_fille | Ô mon enfant, tu vois, je me soumets.
Fais comme moi : vis du monde éloignée ;
Heureuse ? non ; triomphante ? jamais.
— Résignée ! —
Sois bonne et douce, et lève un front pieux.
Comme le jour dans les cieux met sa flamme,
Toi, mon enfant, dans l’azur de tes yeux
Mets ton âme !
Nul n’est heureux et nul n’est triomphan... |
« Le poëte s’en va dans les champs… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Le_po%C3%ABte_s%E2%80%99en_va_dans_les_champs%E2%80%A6_%C2%BB | Le poëte s’en va dans les champs ; il admire,
Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,
Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,
Celles qui des paons même éclipseraient les queues,
Les petites fleurs d’or, les petites fleurs bleues,
Prennent, pour l’accueillir a... |
Mes deux filles | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Mes_deux_filles | Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe,
L’une pareille au cygne et l’autre à la colombe,
Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur !
Voyez, la grande sœur et la petite sœur
Sont assises au seuil du jardin, et sur elles
Un bouquet d’œillets blancs aux longues tiges frêles,
Dans une urne de marbre agité p... |
« Le firmament est plein de la vaste clarté » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Le_firmament_est_plein_de_la_vaste_clart%C3%A9_%C2%BB | Le firmament est plein de la vaste clarté ;
Tout est joie, innocence, espoir, bonheur, bonté.
Le beau lac brille au fond du vallon qui le mure ;
Le champ sera fécond, la vigne sera mûre ;
Tout regorge de sève et de vie et de bruit,
De rameaux verts, d’azur frissonnant, d’eau qui luit,
Et de petits oiseaux qui se cherch... |
À André Chénier | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%80_Andr%C3%A9_Ch%C3%A9nier | Oui, mon vers croit pouvoir, sans se mésallier,
Prendre à la prose un peu de son air familier.
André, c’est vrai, je ris quelquefois sur la lyre.
Voici pourquoi. Tout jeune encor, tâchant de lire
Dans le livre effrayant des forêts et des eaux,
J’habitais un parc sombre où jasaient des oiseaux,
Où des pleurs souriaient ... |
La vie aux champs | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/La_Vie_aux_champs | Le soir, à la campagne, on sort, on se promène,
Le pauvre dans son champ, le riche en son domaine ;
Moi, je vais devant moi ; le poëte en tout lieu
Se sent chez lui, sentant qu’il est partout chez Dieu.
Je vais volontiers seul. Je médite ou j’écoute.
Pourtant, si quelqu’un veut m’accompagner en route,
J’accepte. Chacun... |
Réponse à un acte d’accusation | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/R%C3%A9ponse_%C3%A0_un_acte_d%E2%80%99accusation | Donc, c’est moi qui suis l’ogre et le bouc émissaire.
Dans ce chaos du siècle où votre cœur se serre,
J’ai foulé le bon goût et l’ancien vers françois
Sous mes pieds, et, hideux, j’ai dit à l’ombre : Sois !
Et l’ombre fut. — Voilà votre réquisitoire.
Langue, tragédie, art, dogmes, conservatoire,
Toute cette clarté s’es... |
Suite | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Suite | Car le mot, qu’on le sache, est un être vivant.
La main du songeur vibre et tremble en l’écrivant ;
La plume, qui d’une aile allongeait l’envergure,
Frémit sur le papier quand sort cette figure,
Le mot, le terme, type on ne sait d’où venu,
Face de l’invisible, aspect de l’inconnu ;
Créé, par qui ? forgé, par qui ? jail... |
« Le poëme éploré se lamente ; le drame » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Le_po%C3%A8me_%C3%A9plor%C3%A9_se_lamente_%C2%BB | Le poëme éploré se lamente ; le drame
Souffre, et par vingt acteurs répand à flots son âme ;
Et la foule accoudée un moment s’attendrit,
Puis reprend : — Bah ! l’auteur est un homme d’esprit,
Qui, sur de faux héros lançant de faux tonnerres,
Rit de nous voir pleurer leurs maux imaginaires.
Ma femme, calme-toi ; sèche t... |
À Madame D. G. de G. | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%80_Madame_D._G._de_G. | Jadis je vous disais : — Vivez, régnez, Madame !
Le salon vous attend ! le succès vous réclame !
Le bal éblouissant pâlit quand vous partez !
Soyez illustre et belle ! aimez ! riez ! chantez !
Vous avez la splendeur des astres et des roses !
Votre regard charmant, où je lis tant de choses,
Commente vos discours légers ... |
Lise | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Lise | J’avais douze ans ; elle en avait bien seize.
Elle était grande, et, moi, j’étais petit.
Pour lui parler le soir plus à mon aise,
Moi, j’attendais que sa mère sortît ;
Puis je venais m’asseoir près de sa chaise
Pour lui parler le soir plus à mon aise.
Que de printemps passés avec leurs fleurs !
Que de feux morts, et qu... |
Vere novo | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Vere_novo | Comme le matin rit sur les roses en pleurs !
Oh ! les charmants petits amoureux qu’ont les fleurs !
Ce n’est dans les jasmins, ce n’est dans les pervenches
Qu’un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s’en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.
Ô printemps ! q... |
À propos d’Horace | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%80_propos_d%E2%80%99Horace | Marchands de grec ! marchands de latin ! cuistres ! dogues !
Philistins ! magisters ! je vous hais, pédagogues !
Car, dans votre aplomb grave, infaillible, hébété,
Vous niez l’idéal, la grâce et la beauté !
Car vos textes, vos lois, vos règles sont fossiles !
Car, avec l’air profond, vous êtes imbéciles !
Car vous ense... |
À Granville, en 1836 | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%80_Granville,_en_1836 | Voici juin. Le moineau raille
Dans les champs les amoureux ;
Le rossignol de muraille
Chante dans son nid pierreux.
Les herbes et les branchages,
Pleins de soupirs et d’abois,
Font de charmants rabâchages
Dans la profondeur des bois.
La grive et la tourterelle
Prolongent, dans les nids sourds,
La ravissante querelle
De... |
La coccinelle | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/La_Coccinelle | Elle me dit : Quelque chose
Me tourmente. Et j’aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.
J’aurais dû — mais, sage ou fou,
À seize ans, on est farouche, —
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l’insecte à son cou.
On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se pe... |
Vers 1820 | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Vers_1820 | Denise, ton mari, notre vieux pédagogue,
Se promène ; il s’en va troubler la fraîche églogue
Du bel adolescent Avril dans la forêt ;
Tout tremble et tout devient pédant, dès qu’il paraît :
L’âne bougonne un thème au bœuf son camarade ;
Le vent fait sa tartine, et l’arbre sa tirade,
L’églantier verdissant, doux garçon q... |
À M. Froment-Meurice | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%80_M._Froment_Meurice | Nous sommes frères : la fleur
Par deux arts peut être faite.
Le poëte est ciseleur,
Le ciseleur est poëte.
Poëtes ou ciseleurs,
Par nous l’esprit se révèle.
Nous rendons les bons meilleurs,
Tu rends la beauté plus belle.
Sur son bras ou sur son cou,
Tu fais de tes rêveries,
Statuaire du bijou,
Des palais de pierreries ... |
Les oiseaux | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Les_Oiseaux | Je rêvais dans un grand cimetière désert ;
De mon âme et des morts j’écoutais le concert,
Parmi les fleurs de l’herbe et les croix de la tombe.
Dieu veut que ce qui naît sorte de ce qui tombe.
Et l’ombre m’emplissait.
Et l’ombre m’emplissait.Autour de moi, nombreux,
Gais, sans avoir souci de mon front ténébreux,
Dans c... |
Vieille chanson du jeune temps | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Vieille_chanson_du_jeune_temps | Je ne songeais pas à Rose ;
Rose au bois vint avec moi ;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.
J’étais froid comme les marbres ;
Je marchais à pas distraits ;
Je parlais des fleurs, des arbres ;
Son œil semblait dire : Après ?
La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols ;
J’allais ; j’é... |
À un poëte aveugle | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%80_un_po%C3%ABte_aveugle | Merci, poëte ! — Au seuil de mes lares pieux,
Comme un hôte divin, tu viens et te dévoiles ;
Et l’auréole d’or de tes vers radieux
Brille autour de mon nom comme un cercle d’étoiles.
Chante ! Milton chantait ; chante ! Homère a chanté.
Le poëte des sens perce la triste brume ;
L’aveugle voit dans l’ombre un monde de cl... |
« Elle était déchaussée, elle était décoiffée » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Elle_%C3%A9tait_d%C3%A9chauss%C3%A9e,_elle_%C3%A9tait_d%C3%A9coiff%C3%A9e_%C2%BB | Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?
Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois o... |
La fête chez Thérèse | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/La_F%C3%AAte_chez_Th%C3%A9r%C3%A8se | La chose fut exquise et fort bien ordonnée.
C’était au mois d’avril, et dans une journée
Si douce, qu’on eût dit qu’amour l’eût faite exprès.
Thérèse la duchesse à qui je donnerais,
Si j’étais roi, Paris, si j’étais Dieu, le monde,
Quand elle ne serait que Thérèse la blonde ;
Cette belle Thérèse, aux yeux de diamant,
N... |
L’enfance | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/L%E2%80%99Enfance | L’enfant chantait ; la mère au lit, exténuée,
Agonisait, beau front dans l’ombre se penchant ;
La mort au-dessus d’elle errait dans la nuée ;
Et j’écoutais ce râle, et j’entendais ce chant.
L’enfant avait cinq ans, et près de la fenêtre
Ses rires et ses jeux faisaient un charmant bruit ;
Et la mère, à côté de ce pauvre... |
« Heureux l’homme… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Heureux_l%E2%80%99homme,_occup%C3%A9_de_l%E2%80%99%C3%A9ternel_destin_%C2%BB | Heureux l’homme, occupé de l’éternel destin,
Qui, tel qu’un voyageur qui part de grand matin,
Se réveille, l’esprit rempli de rêverie,
Et dès l’aube du jour se met à lire et prie !
À mesure qu’il lit, le jour vient lentement
Et se fait dans son âme ainsi qu’au firmament.
Il voit distinctement, à cette clarté blême,
Des... |
Unité | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Unit%C3%A9 | Par-dessus l’horizon aux collines brunies,
Le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
Se penchait sur la terre à l’heure du couchant ;
Une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,
Sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,
Blanche, épanouissait sa candide auréole ;
Et la petite fleur, par-dessus le vieux... |
Quelques mots à un autre | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Quelques_mots_%C3%A0_un_autre | On y revient ; il faut y revenir moi-même.
Ce qu’on attaque en moi, c’est mon temps, et je l’aime.
Certe, on me laisserait en paix, passant obscur,
Si je ne contenais, atome de l’azur,
Un peu du grand rayon dont notre époque est faite.
Hier le citoyen, aujourd’hui le poëte.
Le « romantique » après le « libéral ». — All... |
« Oui, je suis le rêveur… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Oui,_je_suis_le_r%C3%AAveur_;_je_suis_le_camarade_%C2%BB | Oui, je suis le rêveur ; je suis le camarade
Des petites fleurs d’or du mur qui se dégrade,
Et l’interlocuteur des arbres et du vent.
Tout cela me connaît, voyez-vous. J’ai souvent,
En mai, quand de parfums les branches sont gonflées,
Des conversations avec les giroflées ;
Je reçois des conseils du lierre et du bleuet.... |
« Il faut que le poëte… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Il_faut_que_le_po%C3%ABte,_%C3%A9pris_d%E2%80%99ombre_et_d%E2%80%99azur_%C2%BB | Il faut que le poëte, épris d’ombre et d’azur,
Esprit doux et splendide, au rayonnement pur,
Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent,
Chanteur mystérieux qu’en tressaillant écoutent
Les femmes, les songeurs, les sages, les amants,
Devienne formidable à de certains moments.
Parfois, lorsqu’on se met à rêver s... |
Halte en marchant | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Halte_en_marchant | Une brume couvrait l’horizon ; maintenant,
Voici le clair midi qui surgit rayonnant ;
Le brouillard se dissout en perles sur les branches,
Et brille, diamant, au collier des pervenches.
Le vent souffle à travers les arbres sur les toits
Du hameau noir cachant ses chaumes dans les bois,
Et l’on voit tressaillir, épars d... |
Premier mai | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Premier_mai | Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d’autres choses.
Premier mai ! L’amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L’arbre où j’ai, l’autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu’il l’improvise ;
Les vi... |
« Mes vers fuiraient, doux et frêles » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Mes_vers_fuiraient,_doux_et_fr%C3%AAles_%C2%BB | Mes vers fuiraient, doux et frêles,
Vers votre jardin si beau,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’oiseau.
Ils voleraient, étincelles,
Vers votre foyer qui rit,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’esprit.
Près de vous, purs et fidèles,
Ils accourraient nuit et jour,
Si mes vers avaient des ail... |
Le rouet d’Omphale | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Le_Rouet_d%E2%80%99Omphale | Il est dans l’atrium, le beau rouet d’ivoire.
La roue agile est blanche, et la quenouille est noire ;
La quenouille est d’ébène incrusté de lapis.
Il est dans l’atrium sur un riche tapis.
Un ouvrier d’Égine a sculpté sur la plinthe
Europe, dont un dieu n’écoute pas la plainte.
Le taureau blanc l’emporte. Europe, sans e... |
Chanson | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Chanson | Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Pourquoi me faire ce sourire
Qui tournerait la tête au roi ?
Si vous n’avez rien à me dire,
Pourquoi venir auprès de moi ?
Si vous n’avez rien à m’apprendre,
Pourquoi me pressez-vous la main ?
Sur le rêve angélique et tendre,
Auquel vous songez en chemin,
Si... |
Hier au soir | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Hier_au_soir | Hier, le vent du soir, dont le souffle caresse,
Nous apportait l’odeur des fleurs qui s’ouvrent tard.
La nuit tombait ; l’oiseau dormait dans l’ombre épaisse.
Le printemps embaumait, moins que votre jeunesse ;
Les astres rayonnaient, moins que votre regard.
Moi, je parlais tout bas. C’est l’heure solennelle
Où l’âme ai... |
Lettre | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Lettre | Tu vois cela d’ici. — Des ocres et des craies,
Plaines où les sillons croisent leurs mille raies,
Chaumes à fleur de terre et que masque un buisson,
Quelques meules de foin debout sur le gazon,
De vieux toits enfumant le paysage bistre,
Un fleuve qui n’est pas le Gange ou le Caystre,
Pauvre cours d’eau normand troublé ... |
« Nous allions au verger… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Nous_allions_au_verger_cueillir_des_bigarreaux_%C2%BB | Nous allions au verger cueillir des bigarreaux.
Avec ses beaux bras blancs en marbre de Paros,
Elle montait dans l’arbre et courbait une branche.
Les feuilles frissonnaient au vent ; sa gorge blanche,
O Virgile, ondoyait dans l’ombre et le soleil.
Ses petits doigts allaient chercher le fruit vermeil,
Semblable au feu q... |
« Tu peux, comme il te plaît… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Tu_peux,_comme_il_te_pla%C3%AEt,_me_faire_jeune_ou_vieux_%C2%BB | Tu peux, comme il te plaît, me faire jeune ou vieux.
Comme le soleil fait serein ou pluvieux
L’azur dont il est l’âme et que sa clarté dore,
Tu peux m’emplir de brume ou m’inonder d’aurore.
Du haut de ta splendeur, si pure qu’en ses plis
Tu sembles une femme enfermée en un lys,
Et qu’à d’autres moments l’œil qu’éblouit... |
En écoutant les oiseaux | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/En_%C3%A9coutant_les_oiseaux | Oh ! Quand donc aurez-vous fini, petits oiseaux,
De jaser au milieu des branches et des eaux,
Que nous nous expliquions et que je vous querelle !
Rouge-gorge, verdier, fauvette, tourterelle,
Oiseaux, je vous entends, je vous connais. Sachez
Que je ne suis pas dupe, ô doux ténors cachés,
De votre mélodie et de votre lan... |
« Mon bras pressait ta taille frêle » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Mon_bras_pressait_ta_taille_fr%C3%AAle_%C2%BB | Mon bras pressait ta taille frêle
Et souple comme le roseau ;
Ton sein palpitait comme l’aile
D’un jeune oiseau.
Longtemps muets, nous contemplâmes
Le ciel où s’éteignait le jour.
Que se passait-il dans nos âmes ?
Amour ! Amour !
Comme un ange qui se dévoile,
Tu me regardais dans ma nuit,
Avec ton beau regard d’étoil... |
« Les femmes sont sur la terre » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Les_femmes_sont_sur_la_terre_%C2%BB | Les femmes sont sur la terre
Pour tout idéaliser ;
L’univers est un mystère
Que commente leur baiser.
C’est l’amour qui pour ceinture
A l’onde et le firmament,
Et dont toute la nature,
N’est, au fond, que l’ornement.
Tout ce qui brille, offre à l’âme
Son parfum ou sa couleur ;
Si Dieu n’avait fait la femme,
Il n’aurait... |
Églogue | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%89glogue | Nous errions, elle et moi, dans les monts de Sicile.
Elle est fière pour tous et pour moi seul docile.
Les cieux et nos pensers rayonnaient à la fois.
Oh ! comme aux lieux déserts les cœurs sont peu farouches !
Que de fleurs aux buissons, que de baisers aux bouches,
Quand on est dans l’ombre des bois !
Pareils à deux ... |
« Viens ! — une flûte invisible » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Viens_!_%E2%80%93_une_fl%C3%BBte_invisible_%C2%BB | Viens ! — une flûte invisible
Soupire dans les vergers. —
La chanson la plus paisible
Est la chanson des bergers.
Le vent ride, sous l’yeuse,
Le sombre miroir des eaux. —
La chanson la plus joyeuse
Est la chanson des oiseaux.
Que nul soin ne te tourmente.
Aimons-nous ! aimons toujours ! —
La chanson la plus charmante
E... |
Billet du matin | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Billet_du_matin | Si les liens des cœurs ne sont pas des mensonges,
Oh ! dites, vous devez avoir eu de doux songes,
Je n’ai fait que rêver de vous toute la nuit.
Et nous nous aimions tant ! vous me disiez : — Tout fuit,
Tout s’éteint, tout s’en va ; ta seule image reste. —
Nous devions être morts dans ce rêve céleste ;
Il semblait que c... |
Paroles dans l’ombre | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Paroles_dans_l%E2%80%99ombre | Elle disait : C’est vrai, j’ai tort de vouloir mieux ;
Les heures sont ainsi très doucement passées ;
Vous êtes là ; mes yeux ne quittent pas vos yeux
Où je regarde aller et venir vos pensées.
Vous voir est un bonheur ; je ne l’ai pas complet.
Sans doute, c’est encor bien charmant de la sorte !
Je veille, car je sais t... |
« L’hirondelle au printemps… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/L%E2%80%99Hirondelle_au_printemps | L’hirondelle au printemps cherche les vieilles tours,
Débris où n’est plus l’homme, où la vie est toujours ;
La fauvette en avril cherche, ô ma bien-aimée,
La forêt sombre et fraîche et l’épaisse ramée,
La mousse, et, dans les nœuds des branches, les doux toits
Qu’en se superposant font les feuilles des bois.
Ainsi fai... |
Sous les arbres | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Sous_les_arbres | Ils marchaient à côté l’un de l’autre ; des danses
Troublaient le bois joyeux ; ils marchaient, s’arrêtaient,
Parlaient, s’interrompaient, et, pendant les silences,
Leurs bouches se taisant, leurs âmes chuchotaient.
Ils songeaient ; ces deux cœurs, que le mystère écoute,
Sur la création au sourire innocent
Penchés, et ... |
« Je sais bien qu’il est d’usage » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Je_sais_bien_qu%E2%80%99il_est_d%E2%80%99usage_%C2%BB | Je sais bien qu’il est d’usage
D’aller en tous lieux criant
Que l’homme est d’autant plus sage
Qu’il rêve plus de néant ;
D’applaudir la grandeur noire,
Les héros, le fer qui luit,
Et la guerre, cette gloire
Qu’on fait avec de la nuit ;
D’admirer les coups d’épée,
Et la fortune, ce char
Dont une roue est Pompée,
Dont l... |
N’envions rien | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/N%E2%80%99envions_rien | Ô femme, pensée aimante
Et cœur souffrant,
Vous trouvez la fleur charmante
Et l’oiseau grand ;
Vous enviez la pelouse
Aux fleurs de miel ;
Vous voulez que je jalouse
L’oiseau du ciel.
Vous dites, beauté superbe
Au front terni,
Regardant tour à tour l’herbe
Et l’infini :
— Leur existence est la bonne.
Là, tout es... |
Il fait froid | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Il_fait_froid | L’hiver blanchit le dur chemin.
Tes jours aux méchants sont en proie.
La bise mord ta douce main,
La haine souffle sur ta joie.
La neige emplit le noir sillon.
La lumière est diminuée…
Ferme ta porte à l’aquilon !
Ferme ta vitre à la nuée !
Et puis laisse ton cœur ouvert !
Le cœur, c’est la sainte fenêtre.
Le soleil de... |
« Il lui disait : Vois-tu… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Il_lui_disait_Vois-tu,_si_tous_deux_nous_pouvions_%C2%BB | Il lui disait : Vois-tu, si tous deux nous pouvions,
L’âme pleine de foi, le cœur plein de rayons,
Ivres de douce extase et de mélancolie,
Rompre les mille nœuds dont la ville nous lie ;
Si nous pouvions quitter ce Paris triste et fou,
Nous fuirions ; nous irions quelque part, n’importe où,
Chercher, loin des vains bru... |
« Aimons toujours ! aimons encore » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Aimons_toujours_!_aimons_encore_%C2%BB | Aimons toujours ! aimons encore !
Quand l’amour s’en va, l’espoir fuit.
L’amour, c’est le cri de l’aurore,
L’amour, c’est l’hymne de la nuit.
Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable : Aimons !
L’amour fait songer, vivre et croire.
Il a, p... |
Après l’hiver | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Apr%C3%A8s_l%E2%80%99hiver | Tout revit, ma bien-aimée !
Le ciel gris perd sa pâleur ;
Quand la terre est embaumée,
Le cœur de l’homme est meilleur.
En haut, d’où l’amour ruisselle,
En bas, où meurt la douleur,
La même immense étincelle
Allume l’astre et la fleur.
L’hiver fuit, saison d’alarmes,
Noir avril mystérieux
Où l’âpre sève des larmes
Coul... |
« Que le sort, quel qu’il soit… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Que_le_sort,_quel_qu%E2%80%99il_soit,_vous_trouve_toujours_grande_%C2%BB | Que le sort, quel qu’il soit, vous trouve toujours grande !
Que demain soit doux comme hier !
Qu’en vous, ô ma beauté, jamais ne se répande
Le découragement amer,
Ni le fiel, ni l’ennui des cœurs qui se dénouent,
Ni cette cendre, hélas ! que sur un front pâli,
Dans l’ombre, à petit bruit secouent
Les froides ailes ... |
« Je respire où tu palpites » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Je_respire_o%C3%B9_tu_palpites_%C2%BB | Je respire où tu palpites,
Tu sais ; à quoi bon, hélas !
Rester là si tu me quittes,
Et vivre si tu t’en vas ?
À quoi bon vivre, étant l’ombre
De cet ange qui s’enfuit !
À quoi bon, sous le ciel sombre,
N’être plus que de la nuit ?
Je suis la fleur des murailles
Dont avril est le seul bien.
Il suffit que tu t’en ailles... |
Crépuscule | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Cr%C3%A9puscule | L’étang mystérieux, suaire aux blanches moires,
Frissonne ; au fond du bois la clairière apparaît ;
Les arbres sont profonds et les branches sont noires ;
Avez-vous vu Vénus à travers la forêt ?
Avez-vous vu Vénus au sommet des collines ?
Vous qui passez dans l’ombre, êtes-vous des amants ?
Les sentiers bruns sont plei... |
La nichée sous le portail | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/La_Nich%C3%A9e_sous_le_portail | Oui, va prier à l’église,
Va ; mais regarde en passant,
Sous la vieille voûte grise,
Ce petit nid innocent.
Aux grands temples où l’on prie
Le martinet frais et pur
Suspend la maçonnerie
Qui contient le plus d’azur.
La couvée est dans la mousse
Du portail qui s’attendrit ;
Elle sent la chaleur douce
Des ailes de Jésus-... |
Un soir que je regardais le ciel | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Un_soir_que_je_regardais_le_ciel | Elle me dit, un soir, en souriant :
— Ami, pourquoi contemplez-vous sans cesse
Le jour qui fuit, ou l’ombre qui s’abaisse,
Ou l’astre d’or qui monte à l’orient ?
Que font vos yeux là-haut ? je les réclame.
Quittez le ciel ; regardez dans mon âme !
Dans ce vaste ciel, ombre où vous vous plaisez,
Où vos regards démesurés... |
Écrit sur un exemplaire de la « Divina Commedia » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%89crit_sur_un_exemplaire_de_la_%C2%AB_Divina_Commedia_%C2%BB | Un soir, dans le chemin je vis passer un homme
Vêtu d’un grand manteau comme un consul de Rome,
Et qui me semblait noir sur la clarté des cieux.
Ce passant s’arrêta, fixant sur moi ses yeux
Brillants, et si profonds qu’ils en étaient sauvages,
Et me dit : — J’ai d’abord été, dans les vieux âges,
Une haute montagne empl... |
Melancholia | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Melancholia | Écoutez. Une femme au profil décharné,
Maigre, blême, portant un enfant étonné,
Est là qui se lamente au milieu de la rue.
La foule, pour l’entendre, autour d’elle se rue.
Elle accuse quelqu’un, une autre femme, ou bien
Son mari. Ses enfants ont faim. Elle n’a rien.
Pas d’argent. Pas de pain. À peine un lit de paille.
... |
Saturne | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Saturne | Il est des jours de brume et de lumière vague,
Où l’homme, que la vie à chaque instant confond,
Étudiant la plante, ou l’étoile, ou la vague,
S’accoude au bord croulant du problème sans fond ;
Où le songeur, pareil aux antiques augures,
Cherchant Dieu, que jadis plus d’un voyant surprit,
Médite en regardant fixement le... |
Écrit au bas d’un crucifix | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%89crit_au_bas_d%E2%80%99un_crucifix | Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure.
Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit.
Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit.
Vous qui passez, venez à lui, car il demeure. |
Quia pulvis es | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Quia_pulvis_es | Ceux-ci partent, ceux-là demeurent.
Sous le sombre aquilon, dont les mille voix pleurent,
Poussière et genre humain, tout s’envole à la fois.
Hélas ! le même vent souffle, en l’ombre où nous sommes,
Sur toutes les têtes des hommes,
Sur toutes les feuilles des bois.
Ceux qui restent à ceux qui passent
Disent : — Inf... |
La source | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/La_Source | Un lion habitait près d’une source ; un aigle
Y venait boire aussi.
Or, deux héros, un jour, deux rois — souvent Dieu règle
La destinée ainsi —
Vinrent à cette source où des palmiers attirent
Le passant hasardeux,
Et, s’étant reconnus, ces hommes se battirent
Et tombèrent tous deux.
L’aigle, comme ils mouraient, vi... |
La statue | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/La_Statue | Quand l’empire romain tomba désespéré,
— Car, ô Rome, l’abîme où Carthage a sombré
Attendait que tu la suivisses ! —
Quand, n’ayant rien en lui de grand qu’il n’eût brisé,
Ce monde agonisa, triste, ayant épuisé
Tous les césars et tous les vices ;
Quand il expira, vide et riche comme Tyr ;
Tas d’esclaves ayant pour gl... |
« Je lisais. Que lisais-je ?… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Je_lisais._Que_lisais-je_%3F_Oh_!_le_vieux_livre_aust%C3%A8re_%C2%BB | Je lisais. Que lisais-je ? Oh ! le vieux livre austère,
Le poëme éternel ! — La Bible ? — Non, la terre.
Platon, tous les matins, quand revit le ciel bleu,
Lisait les vers d’Homère, et moi les fleurs de Dieu.
J’épelle les buissons, les brins d’herbe, les sources ;
Et je n’ai pas besoin d’emporter dans mes courses
Mon l... |
« Jeune fille, la grâce emplit… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_Jeune_fille,_la_gr%C3%A2ce_emplit_tes_dix-sept_ans_%C2%BB | Jeune fille, la grâce emplit tes dix-sept ans.
Ton regard dit : Matin, et ton front dit : Printemps.
Il semble que ta main porte un lys invisible.
Don Juan te voit passer et murmure : Impossible ! —
Sois belle. Sois bénie, enfant, dans ta beauté.
La nature s’égaie à toute ta clarté ;
Tu fais une lueur sous les arbres ;... |
Amour | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Amour | Amour ! Loi, dit Jésus. Mystère, dit Platon.
Sait-on quel fil nous lie au firmament ? Sait-on
Ce que les mains de Dieu dans l’immensité sèment ?
Est-on maître d’aimer ? Pourquoi deux êtres s’aiment,
Demande à l’eau qui court, demande à l’air qui fuit,
Au moucheron qui vole à la flamme la nuit,
Au rayon d’or qui vient b... |
? | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%3F | Une terre au flanc maigre, âpre, avare, inclément,
Où les vivants pensifs travaillent tristement,
Et qui donne à regret à cette race humaine
Un peu de pain pour tant de labeur et de peine ;
Des hommes durs, éclos sur ces sillons ingrats ;
Des cités d’où s’en vont, en se tordant les bras,
La charité, la paix, la foi, sœ... |
Explication | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Explication | La terre est au soleil ce que l’homme est à l’ange.
L’un est fait de splendeur ; l’autre est pétri de fange.
Toute étoile est soleil ; tout astre est paradis.
Autour des globes purs sont les mondes maudits ;
Et dans l’ombre, où l’esprit voit mieux que la lunette,
Le soleil paradis traîne l’enfer planète.
L’ange habitan... |
La chouette | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/La_Chouette | Elle disait :
Elle disait :— Sur son front sombre
Comme la brume se répand !
Il remplit tout le fond de l’ombre.
Comme sa tête morte pend !
De ses yeux coulent ses pensées.
Ses pieds troués, ses mains percées
Bleuissent à l’air glacial.
Oh ! comme il saigne dans le gouffre !
Lui qui faisait le bien, il souffre
Comme m... |
À la mère de l’enfant mort | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%80_la_m%C3%A8re_de_l%E2%80%99enfant_mort | Oh ! vous aurez trop dit au pauvre petit ange
Qu’il est d’autres anges là-haut,
Que rien ne souffre au ciel, que jamais rien n’y change,
Qu’il est doux d’y rentrer bientôt ;
Que le ciel est un dôme aux merveilleux pilastres,
Une tente aux riches couleurs,
Un jardin bleu rempli de lys qui sont des astres
Et d’étoile... |
Épitaphe | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%89pitaphe | Il vivait, il jouait, riante créature.
Que te sert d’avoir pris cet enfant, ô nature ?
N’as-tu pas les oiseaux peints de mille couleurs,
Les astres, les grands bois, le ciel bleu, l’onde amère ?
Que te sert d’avoir pris cet enfant à sa mère
Et de l’avoir caché sous des touffes de fleurs ?
Pour cet enfant de plus tu n’e... |
Le maître d’études | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Le_Ma%C3%AEtre_d%E2%80%99%C3%A9tudes | Ne le tourmentez pas, il souffre. Il est celui
Sur qui, jusqu’à ce jour, pas un rayon n’a lui ;
Oh ! ne confondez pas l’esclave avec le maître !
Et, quand vous le voyez dans vos rangs apparaître,
Humble et calme, et s’asseoir la tête dans ses mains,
Ayant peut-être en lui l’esprit des vieux romains
Dont il vous dit les... |
Chose vue un jour de printemps | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Chose_vue_un_jour_de_printemps | Entendant des sanglots, je poussai cette porte.
Les quatre enfants pleuraient et la mère était morte.
Tout dans ce lieu lugubre effrayait le regard.
Sur le grabat gisait le cadavre hagard ;
C’était déjà la tombe et déjà le fantôme.
Pas de feu ; le plafond laissait passer le chaume.
Les quatre enfants songeaient comme q... |
Intérieur | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Int%C3%A9rieur | La querelle irritée, amère, à l’œil ardent,
Vipère dont la haine empoisonne la dent,
Siffle et trouble le toit d’une pauvre demeure.
Les mots heurtent les mots. L’enfant s’effraie et pleure.
La femme et le mari laissent l’enfant crier.
— D’où viens-tu ? — Qu’as-tu fait ? — Oh ! mauvais ouvrier !
Il vit dans la débauche... |
Baraques de la foire | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Baraques_de_la_foire | Lion ! J’étais pensif, ô bête prisonnière,
Devant la majesté de ta grave crinière ;
Du plafond de ta cage elle faisait un dais.
Nous songions tous les deux, et tu me regardais.
Ton regard était beau, lion. Nous autres hommes,
Le peu que nous faisons et le rien que nous sommes
Emplit notre pensée, et dans nos regards va... |
Insomnie | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Insomnie | Quand une lueur pâle à l’orient se lève,
Quand la porte du jour, vague et pareille au rêve,
Commence à s’entr’ouvrir et blanchit à l’horizon,
Comme l’espoir blanchit le seuil d’une prison,
Se réveiller, c’est bien, et travailler, c’est juste.
Quand le matin à Dieu chante son hymne auguste,
Le travail, saint tribut dû p... |
Écrit sur la plinthe d’un bas-relief antique | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C3%89crit_sur_la_plinthe_d%E2%80%99un_bas-relief_antique | La musique est dans tout. Un hymne sort du monde.
Rumeur de la galère aux flancs lavés par l’onde,
Bruits des villes, pitié de la sœur pour la sœur,
Passion des amants jeunes et beaux, douceur
Des vieux époux usés ensemble par la vie,
Fanfare de la plaine émaillée et ravie,
Mots échangés le soir sur les seuils fraterne... |
« La clarté du dehors… » | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/%C2%AB_La_clart%C3%A9_du_dehors_ne_distrait_pas_mon_%C3%A2me_%C2%BB | La clarté du dehors ne distrait pas mon âme.
La plaine chante et rit comme une jeune femme ;
Le nid palpite dans les houx ;
Partout la gaîté luit dans les bouches ouvertes ;
Mai, couché dans la mousse au fond des grottes vertes,
Fait aux amoureux les yeux doux.
Dans les champs de luzerne et dans les champs de fèves,
... |
Le revenant | https://fr.wikisource.org/wiki/Les_Contemplations/Le_Revenant | Mères en deuil, vos cris là-haut sont entendus.
Dieu, qui tient dans sa main tous les oiseaux perdus,
Parfois au même nid rend la même colombe.
Ô mères, le berceau communique à la tombe.
L’éternité contient plus d’un divin secret.
La mère dont je vais vous parler demeurait
À Blois ; je l’ai connue en un temps plus pros... |
End of preview. Expand in Data Studio
README.md exists but content is empty.
- Downloads last month
- 3